Domaine de Montgrimont
Domaine de Montgrimont

Le Château de Montgrimont & le XIX°siècle : « De l’ère industrielle à l’automobile »

Lorsque André Germain Berranger décède en 1856, son neveu Jean Baptiste Pascal Papillon, propriétaire-cultivateur épouse une demoiselle Prével et fait don de Montgrimont en 1859 à sa fille Julie Bérénice (+1894) lors de son mariage avec François Elie Delamare-Deboutteville, un important industriel local.

 

C’est par ce mariage que Montgrimont peut connaître l’étrange destinée qui va bouleverser l’histoire contemporaine...

 

La famille Delamare-Deboutteville, en grande partie originaire de la Manche, avait hérité de terres dans la région au début du XVIII°s et s’était lancée dans l’industrie sur le modèle anglais après la Révolution.

Sous le Premier Empire, Elie de Boutteville crée une filature de coton dans les environs, puis vers 1823, achète des terres et des moulins sur le Cailly, d’un débit et d’une hauteur d’eau suffisants pour utiliser la force motrice de l’eau (« waterframing ») à des fins industrielles, implantant ainsi plusieurs filatures dans la vallée.

Sa fille Lucile épouse en 1834 François-Vendémiaire Delamare, issu d’une riche famille de drapiers, qui ajouta le nom de sa femme - devenu célèbre dans le monde de l’industrie - à son patronyme pour conforter son prestige professionnel.

 

Héritant des cinq filatures de ses parents, leur fils aîné François Elie Delamare-Deboutteville construit un sixième établissement dans le bas de la propriété de sa femme : la filature de Montgrimont.

 

La première partie du château date probablement de cette époque : un petit castel romantique agrémenté de deux tours construit dans le style néo-Tudor. En effet, ce style est alors très au goût des industriels normands, influencés par les préceptes techniques et architecturaux de leurs homologues anglais.

 

Egalement armateur de navires et propriétaire de mines de charbon dans le Sud de la France, François Elie devient un des principaux industriels de son temps. A l’époque, ce dernier établissement est probablement une des plus grosses filatures de la région rouennaise : quelques hectares de bâtiments industriels, comprenant cantines, logements ouvriers, maisons des contremaîtres, centrale électrique...etc.

 

Dans le voisinage immédiat de Montgrimont, le Comte Adrien de Germiny rachète Gouville à Achille Lemasson vers 1870 et se lance dans d’importantes modifications du domaine : il agrandit le château et y ajoute un jardin d’hiver. Il fait surtout creuser un lac, qui existe toujours, d’environ quatre hectares et agrémenté de plusieurs îles. La ferme est transformée en exploitation modèle, complétée d’une pisciculture et de plusieurs serres dont certaines abritent des collections d’orchidées. Deux puissants béliers montent l’eau jusqu’au château par des canaux souterrains.

 

Il n’est donc pas étonnant qu’en parallèle François Elie Delamare-Deboutteville entame de semblables aménagements à quelques centaines de mètres de là, dans l’ancienne Vavassorie : il aménage lui aussi une ferme sur les restes du logis seigneurial en briques Saint-Jean  et de ses bâtiments datant du XVII°: il élève le logis d’un étage en briques flammées, reconstruit une partie du four à pain, rehausse les piliers d’entrée, rase les anciennes étables et réutilise les briques dans la construction de nouveaux bâtiments (deux fois plus longs que les précédents), restaure le colombier et reconstruit une immense grange.

 

Son jeune frère Edouard, de 21 ans son cadet, épouse en 1878 sa nièce Julie-Lucile (fille de François-Elie) qui n’a que quatre années de moins que lui. Julie-Lucile hérite du Domaine de Montgrimont en 1894 au décès de sa mère.

Au contraire de son frère, homme d’affaires, Edouard est plutôt rêveur, idéaliste et passionné, mais il est aussi un brillant ingénieur mathématicien, et surtout un inventeur de génie :

En effet, sa « Machine Universelle » lui vaut une Médaille d’argent à l’Exposition de Francfort en 1881, ses « Moteurs Simplex » (à gaz), une Médaille de bronze à l’Exposition de Rouen en 1884 et ses « Moteurs forte puissance », une Médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1889 !

 

Dans les annexes de la filature de son frère ou dans le gigantesque bureau qu’il adjoint au château, Edouard Delamare-Deboutteville invente tout, exploite peu et refuse de vendre ses brevets. Ceux-ci - trouvant de sérieux débouchés dans toutes les branches de l’industrie de l’époque (domaine maritime, hauts fourneaux et…automobile) - auraient pourtant permis à la famille de résister à la montée d’une concurrence s’installant de plus en plus dans des sites mieux desservis par les axes de communication, et notamment grâce aux nouvelles « pompes à feu » au charbon, qui s’implantent sur la rive gauche de Rouen.

C’est un homme aux talents et aux facettes multiples, qui font de lui un être étrange et complet.

 

Après de premiers essais sur un tricycle doté d’un moteur à gaz d’éclairage, en 1883, avec l’aide de Léon Malandin et d’autres ouvriers de la filature de Montgrimont, il invente la première voiture automobile, deux an avant Daimler-Benz, en équipant un vieux break de chasse d’un moteur à explosion (bicylindrique 8HP) fonctionnant à la gazoline. Cette invention, avec les conséquences qu’on lui connaît, est de loin la plus révolutionnaire de son temps.

 

Également passionné de chasse, il est attiré par les collections d’oiseaux (qui feront de lui un des principaux donateurs du Muséum d’Histoire Naturelle de Rouen, et qui constitueront le fonds ornithologique du musée, dont le naturaliste Georges Pennetier est le directeur-adjoint et également ancien professeur d’histoire naturelle d’Edouard).

 

Récompensé dans les expositions maritimes françaises et européennes pour ses inventions de filets de pêche, il développe aussi de nouvelles techniques d’ostréiculture dans sa propriété bretonne de Prat-Ar-Coum, et rédige un mémoire détaillé sur la mytiliculture pour le Congrès International des Pêches Maritimes de Dieppe en 1898.

 

S’intéressant aussi aux sciences occultes, à la philosophie, à l’ésotérisme et aux origines des civilisations, parlant couramment plusieurs langues, il s’initie au Vede et surtout au Sanscrit grâce à son ami Hardjji Schariph. Ce bramin, rencontré à Rouen en 1880 par l’intermédiaire du Professeur Schwalm, appartient à la première des castes héréditaires hindoues mais proscrit de son pays pour avoir participé à une insurrection contre les Anglais. Ce personnage énigmatique vient souvent à Montgrimont. Portant de larges vêtements orientaux et coiffé d’un turban d’étoffe claire… il intrigue considérablement la population du village.

 

Après le décès d’Edouard Delamare-Deboutteville le 7 février 1901, sa femme vend très rapidement la propriété à un certain Léon Célestin Dureteste, hôtelier monégasque et grand chasseur, qui agrandit considératblement le château (hall escalier d'honneur, grand salon) et rase la filature devenue inutile, ayant été partiellement détruite par un incendie survenu en 1886. Il ne laisse que les maisons des contremaîtres qui deviendront peu à peu des logements locatifs, et un moulin qui, grâce au « bief perché » aménagé pour la filature, pourrait encore servir de centrale électrique.

Une maison d'ingénieurs... Montgrimont au temps des Delamare-Deboutteville

Le XX° siècle : « Montgrimont sombre dans l’oubli »

Racheté à la Veuve Dureteste en 1918 par l’ancien régisseur devenu industriel Maurice A. Léon Batreau, Montgrimont passe ensuite (1928) aux Hervieu, fourreurs rouennais alors en vogue.

 

Puis en 1930 la famille Bories, originaire de l’Orne, acquière Montgrimont pour en faire une propriété herbagère.

 

Monsieur Jean-Jacques Bories étant Maire de Fontaine-le-Bourg pendant la Seconde Guerre Mondiale, le château ne souffre pas trop de l’occupation.

 

Après la dispersion du mobilier le 12 mars 1967 par ses deux filles « Les Demoiselles Bories », la propriété est acquise en mars 1967 par un certain Monsieur Maurice Boutte, veneur et directeur de concessions automobiles dans la région rouennaise.

 

En janvier 1984 Montgrimont est acheté par les Frères Tannouri, hommes d’affaires libanais - en famille avec le chef de l’état d’alors Amine Gemayel - qui s’installent en France pendant la guerre du Liban.

 

En février 1984, à l’occasion du « Centenaire de l’Automobile » un film est commandé par la Chambre Syndicale des Constructeurs Automobiles et en partie tourné à Montgrimont, pour être ensuite projeté à l’Automobile Club de France et au Palais de La Découverte à Paris.

 

Les Frères Tannouri sont des hommes d’affaires, on leur prête notamment des intérêts dans le Casino de Forges-les-Eaux, ils entreprennent un réaménagement complet du château, réfection de toiture, redécoration dans un goût un peu « oriental »...etc. Ils sont également amateurs de belles autos, et Rolls-Royce & Ferrari séjournent à Montgrimont.

 

Située à l’écart du village, Montgrimont devient pourtant le témoin de mystérieux évènements. On entend parler de trafic d’armes (légende ou réalité ?). Toujours est-il qu’après quelques années les Tannouri  repartent au Liban et délaissent Montgrimont en la proposant en location à M.Jean Perrot, éleveur de chevaux qui y développe  l’association « Les Cavaliers de Montgrimont » ce qui intrigue quelque peu les gens du village...

 

Finalement laissé à l’abandon à la suite de cette exploitation, le château devient le lieu de rendez-vous des voyous de la région et est vandalisé pendant plus d’un an et demi.

 

C’est dans ce contexte qu’en 1998, souhaitant s’établir dans notre région d’origine, ma famille décide d’acquérir Montgrimont.

Le XXI° siècle ou la «Renaissance» de Montgrimont

Nous connaissions Montgrimont depuis 1995, mais nous étions alors en tain de restaurer une autre propriété le Château du Moulin aux Lièvres, également du XIX° siècle mais situé dans le Val de Loire...jusqu’au mois de mai 1998 où se présente un acheteur, Guy Lux, qui souhaite implanter l’association « Pas d’enfant sans vacances ». Nous signons un compromis de vente et faisons immédiatement une proposition à Monsieur Tannouri par l’intermédiaire de son notaire. Il privilégie notre offre car nous souhaitons éviter le morcellement du domaine.

 

Malgré quelques difficultés et des déprédations supplémentaires survenues entre compromis et vente,  l’affaire est enfin conclue et nous prenons possession des lieux fin 1998.

 

Ce jour là, le constat est le suivant :

 

L’unique alimentation en eau de la propriété est fournie par une pompe située sur le domaine, or celle-ci s’est brisée sous l’effet du gel, des vandales l’ayant dépouillé de son isolation. L’électricité a été coupée faute de paiement. Les carreaux sont quasiment tous cassés et il gèle à pierre-fendre !

A l’intérieur, les tapisseries du hall ont été sauvagement arrachées par des cambrioleurs, toutes les cheminées sont démolies - sans doute a-t-on cherché de l’or ? - tous les trumeaux ont disparu. Il reste d’ailleurs bien peu de meubles : quelques canapés calcinés par un début d’incendie, les 2 consoles Louis XVI du salon de musique (invendues lors de la vente de 1967) sont encore en place mais un des plateaux en marbre Jaune de Sienne est en miettes et tous les miroirs de la pièce ont également été brisés.

L’installation de chauffage central, qui n’a pas été vidangée, a explosé sous l’effet du gel et de nombreux dégâts des eaux ont endommagé les décors d’origine. Fort heureusement, les plafonds ont relativement peu souffert et leur polychromie est à 95% intacte.

La plupart des planchers d’origine ont été protégés par les épaisses moquettes couleur rose ou menthe installées par les libanais.

 

Quant aux dépendances les toitures sont pleines de trous et les pièces intérieures ont hébergé des chevaux, y compris le logis seigneurial !

 

Le parc, victime de son utilisation agricole jusqu’à la fin des années 1960 n’a pas été entretenu depuis 70 ans. Le dessin à l’anglaise n’est quasiment plus visible, les arbres sont trop nombreux, et un boisement parasite est apparu de part et d’autres des innombrables clôtures qui lacèrent le domaine.

 

La première nuit s’annonce sportive car il gèle à -10°C !

 

Mon grand-père (93 ans) et moi dormons dans le village, à l’Auberge du Cailly, une ancienne maison de rendez-vous devenue un paisible restaurant, dont la tenancière nous a mis en relation avec Monsieur Tannouri avant l’acquisition.

...Tandis que mes parents campent dans une des chambres du premier étage du château, chauffés par un gaz de camping !

 

Dans l’urgence, il faut débarrasser les gravats et les divers objets qui encombrent les pièces, rétablir le courant électrique, changer et isoler la pompe d’alimentation en eau, remettre des carreaux aux fenêtres...etc afin de pouvoir s’installer un peu mieux.

 

Nous commençons par faire réparer l’installation de chauffage dont le brûleur de la chaudière a été volé, à quelques jours de la signature authentique. Il faut surtout déposer toute l’installation, changer les tuyauteries éclatées, démonter les radiateurs et remplacer les  éléments endommagés....

 

Ensuite, il faut mettre les dépendances hors-d’eau car les pluies fréquentes font un peu la célébrité de la région !

 

Enfin seulement, nous entamons le dégagement du parc...

 

Il faut retrouver le tracé des allées totalement recouvertes par la végétation, et essayer de broyer les herbages. Mais les engins souffrent des mauvaises surprises:  clôtures enterrés, pieux en fer et en ciment restés ici et là... De quoi décourager les quelques exploitants agricoles locaux venus nous donner un coup de main pour récupérer le foin, dont la qualité est d’ailleurs devenue très mauvaise, les herbages n’ayant été ni fauchés ni traités pendant plusieurs années !

 

Nous démontons des constructions postérieures, entre abris à chevaux improvisés et horribles chenils bricolés à la hâte...

 

Nous arrachons tous les restes des clôtures intérieures au domaine, supprimons quelques arbres les plus récents et dont les essences ne correspondent pas à la conception d'origine, dégageons les chemins et les bords de rivières envahis de broussaillages gigantesques.

 

Afin d’éviter de commettre des erreurs irrémédiables, ce travail important, mais minutieux, s’étale sur plusieurs années avant de retrouver les grands aperçus et – peu à peu – le dessin qui paraît être celui de son créateur...en l’absence de tout plan d’origine.

 

Après une réfection quasi totale de l’électricité et de la plomberie, nous poursuivons la restauration dans les différentes pièces du château en ponçant les parquets, arrachant la moquette murale (de couleur rouille) qui envahit tous les étages, repeignant les différentes surfaces...etc, redécorant et remeublant dans l’esprit d’origine : celui d’une grande demeure bourgeoise du XIX°s.

 

En 2001 la Municipalité, souhaitant réorganiser le cimetière communal, décide de détruire le Monument funéraire élevé à la mémoire d'Eugène-Audibert de Boutteville (1818-1860), une concession perpétuelle mais qui n’est plus entretenue par les héritiers... La sépulture est ornée d’une importante colonne en pierre surmontée d’une urne en marbre. Autant touchés par la disparition de ce patrimoine funéraire que par le souvenir d’une personne ayant un rapport direct avec Montgrimont, nous proposons à la Municipalité  d’édifier la colonne sur un socle de pierre dans le parc de Montgrimont afin d'éviter la disparition de ce monument en lui donnant une seconde vie et en rendant hommage à l'oncle d'Edouard Delamarre-Deboutteville. Ainsi le 20 septembre 2000, la colonne édifiée sur la terrasse herbue, en bordure du bois qui fait face au château.

 

En septembre 2002, en partenariat avec la Municipalité de Fontaine-le-Bourg, et grâce au concours actif de Monsieur Alain Dugard, l’historien du village, nous organisons la première ouverture au public lors des Journées du Patrimoine. Quelques 800 visiteurs découvrent la propriété autour du colombier de Montgrimont et d’une exposition centrée autour du thème des « Colombiers du Canton de Cléres ».

 

En 2005 mon grand-père Edmond décède à Montgrimont à plus de 99 ans, mais l’année d’après voit la naissance de ma fille Adénora inaugurant déjà la 4éme génération de la famille à Montgrimont.

 

En 2013 est créée l’Automobile Club de Montgrimont,  Association Loi.1901 destinée à faire renaitre la tradition automobile à Montgrimont.

 

L'aventure continue depuis...

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76690

FONTAINE-LE-BOURG
Téléphone : 0621812526

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